Un exosquelette sur les épaules d’un opérateur ne règle pas, à lui seul, un problème de troubles musculosquelettiques. C’est le message central d’une actualité publiée le 19 octobre 2026 par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), qui accompagne un dossier consacré au sujet dans le numéro 284 de sa revue technique Hygiène et sécurité du travail.
Pour un atelier qui a déjà testé ces équipements, ou qui reçoit des démonstrations de fournisseurs, le texte sert de feuille de route. Il ne s’agit pas de dire oui ou non aux exosquelettes, mais de savoir dans quel ordre poser les questions.
Plan de l'article
Un outil parmi d’autres, et jamais le premier #
L’INRS le formule sans détour : « équiper un salarié d’un exosquelette ne constitue pas en soi une démarche de prévention ». Les effets de ces dispositifs varient selon les tâches, les modèles et les personnes qui les portent. Leur adoption par les salariés n’est pas acquise d’avance.
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D’où la règle de départ. Selon l’institut, « l’utilisation d’un exosquelette ne doit être envisagée qu’après avoir recherché les possibilités de supprimer ou de réduire les contraintes ». En clair, avant de parler d’assistance physique, il faut regarder le poste lui-même : hauteur du plan de travail, manutention évitable, aide à la levée, organisation des cadences, rotation des tâches.
C’est l’application directe des principes généraux de prévention : on traite d’abord la contrainte à la source et par des mesures collectives. L’équipement individuel vient ensuite.
Les trois temps de la démarche #
Partir du travail réel
La première étape consiste à analyser les situations de travail pour identifier un besoin d’assistance réel. Le choix du dispositif doit ensuite tenir compte des tâches, de l’environnement, des autres équipements utilisés et des caractéristiques des utilisateurs.
Dans un atelier, cela veut dire concrètement : un exosquelette d’épaule pour du travail bras levés n’aura pas le même intérêt sur une ligne de vissage sous caisse que sur un poste de ponçage où l’opérateur se déplace sans cesse. La compatibilité avec les équipements de protection, les outils portatifs et l’encombrement des postes compte autant que la fiche technique.
L’INRS insiste aussi sur la durée des essais : « les essais très courts ne permettent pas toujours de construire un avis stabilisé ». Une démonstration d’une demi-journée ne suffit pas à juger un dispositif que l’on portera des heures.
Associer ceux qui vont le porter
Deuxième temps : impliquer les futurs utilisateurs, mais aussi le collectif de travail, l’encadrement, les préventeurs et le service de prévention et de santé au travail. L’institut recommande d’organiser des temps d’échange pour présenter les apports et les limites du dispositif, et pour anticiper ses effets sur l’activité.
Le regard des collègues pèse lourd. L’INRS note que l’environnement social peut freiner ou faciliter l’adoption. Un équipement imposé sans explication finit souvent au vestiaire.
Évaluer, puis suivre dans la durée
Troisième temps : l’évaluation ne s’arrête pas à la mise en service. L’institut conseille de la prévoir dès le début du projet, pendant la phase de familiarisation, puis une fois l’usage devenu régulier.
Un usage durable suppose aussi de la formation, des réglages adaptés à chaque personne, de l’entretien et de la maintenance. Il faut surveiller les effets indésirables éventuels et réévaluer régulièrement le rapport entre bénéfices et risques. L’objectif rappelé par l’INRS est d’« adapter le travail à l’homme », et non de compenser avec un équipement des situations qu’on aurait pu améliorer autrement.
Un dossier nourri par plusieurs années de terrain #
Le numéro 284 de la revue, présenté dans le dossier en ligne de l’INRS, réunit plusieurs retours d’expérience. On y trouve une synthèse des recherches de l’institut sur l’adoption des exosquelettes menées de 2018 à 2024, une étude dans l’aide à domicile, un bilan de dix ans d’expérimentations, un article sur l’agriculture et le récit de cinq années d’intégration chez Air France, de l’expérimentation au programme d’entreprise.
Pour aller plus loin, l’INRS renvoie à ses brochures pratiques déjà publiées, dont les repères méthodologiques pour la sélection d’un exosquelette professionnel (ED 6416) et le guide sur l’acquisition et l’intégration en entreprise (ED 6315).
Ce qu’un responsable d’atelier peut en retenir #
Avant de signer un bon de commande, trois questions simples permettent de vérifier que l’on est dans la bonne démarche. La contrainte a-t-elle été traitée à la source autant que possible ? Les opérateurs concernés ont-ils testé le dispositif sur leur vrai poste, assez longtemps ? Qui assurera les réglages, l’entretien et le suivi dans six mois ?
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Si l’une de ces réponses manque, le projet n’est pas mûr. L’exosquelette peut rendre service sur certains postes, mais il doit s’inscrire dans le document unique d’évaluation des risques et dans un plan de prévention, pas s’y substituer.




